De tous les pays scandinaves, la Finlande a eu l’histoire la plus mouvementée. En 1809, après sept cents ans de domination suédoise, la Finlande est cédée (par la Suède) à la Russie et devient le Grand-Duché de Finlande. Cette période est marquée par les réformes et la répression.
La Finlande était en grande partie agraire et a été maintenue ainsi bien après l’industrialisation de la Suède et du Danemark. Bien que la Finlande soit sous domination russe, la langue suédoise est conservée au sein de l’administration finlandaise. De ce fait, les finlandais de langue suédoise ont continué à occuper les activités culturelles et économiques importantes du pays en profitant du nouveau et vaste marché russe. Associée à l’interdiction de la littérature finlandaise, la division entre la population agraire et les dirigeants était totale. À la fin du siècle, la recherche d’une identité nationale, qui s’est étendue à la plupart des pays scandinaves, était particulièrement importante en Finlande, où même les communications de base, comme les panneaux de rue, étaient en finnois, en suédois et en russe.
La détérioration des relations entre la Finlande et la Russie dans les années 1890 a encouragé le mouvement nationaliste. En 1906, le système parlementaire est réformé et prévoit un gouvernement à une chambre où l’égalité des droits entre hommes et femmes est voté. Avec cette réforme, la Finlande est passée du système de gouvernement sans doute le plus arriéré de Scandinavie au système le plus éclairé.
En 1917, les bolcheviks annoncèrent la reconnaissance de la Finlande indépendante. Une nouvelle Constitution est élaborée par le général Mannerheim et confirmée en 1919. À partir de cette période, les préoccupations politiques finlandaises ont porté principalement sur le ré-alignement de la propriété des terres agricoles, sur une bataille âprement disputée entre les partisans de la langue finnoise et ceux de la langue suédoise, ainsi que sur la délicate position de la Finlande entre la Suède et la Russie.
Dans ce contexte historique houleux, éclos une production de verre bien différente de celle de la céramique.
Dès 1905, de multiples concours sont organisés afin de susciter l’intérêt des artistes pour la conception du verre. Le premier concours est organisé par la verrerie Nuutajärvi, mais peine perdue, les artistes ne sont pas au rendez-vous. Il faut attendre 1920, où la verrerie Riihimäki a encouragé les artistes à produire « des formes pour un verre simple et fonctionnel en harmonie avec l’époque ». Puis en 1928, un nouveau concours a abouti à une série de pièces gravées pour l’exposition universelle de Barcelone en 1929.
C’est en 1932 avec un concours organisé par la verrerie Karhula que la Finlande acquiert une place de premier plan dans le modernisme international. La contribution d’Aino Aalto (1894-1949) pour la section de verre pressé utilitaire fut primordial. Son œuvre a remporté le deuxième prix et, quatre ans plus tard, une médaille d’or à la Triennale de Milan en 1936. Les Aaltos, mari et femme, sont d’une importance capitale pour le design finlandais et international de la fin des années 1920 et 1930. En 1933, le couple Aalto a organisé à Londres une exposition très réussie d’expériences sur le bois courbé et de dessins de verre. Deux ans plus tard, en 1935, les Aaltos ont fondé Artek, la société de vente au détail pour produire et commercialiser leurs meubles et promouvoir le design moderne finlandais en Finlande et à l’étranger.
Dessin et produits finis de la collection Bölgeblick créée en 1932 par Aino Aalto pour Iittala, en partie toujours en production grâce à son design intemporel plus de 80 ans après sa création!
Pendant ce temps, d’autres designers finlandais spécialisés dans le verre émergent auprès d’importantes verreries. Parmi ces designers importants figure Arttu Brummer (1891-1951) de la verrerie Riihimäki, ayant joué un rôle important en tant qu’enseignant. L’une de ses élèves, Gunnel Nyman (1909-1948), qui a commencé comme designer de meubles, a intégré également la verrerie Riihimäki. Par la suite, elle a travaillé dans les autres verreries comme Iittala, Nuutajärvi et Karhula, jusqu’à sa mort prématurée en 1948. Au cours des années 1930, Gunnel Nyman a réalisé des travaux de qualité, mais c’est à partir de 1940 que ses concepts les plus distinctifs ont émergé, en particulier dans ses dernières années, lorsqu’elle a montré un style pleinement mature qui, à bien des égards, préfigure les premières formes organiques des années 1950.
À gauche: vase « Våren’ , 1938, Riihimaki. Le motif de bulle d’air dans la partie inférieure révèle les premières tentatives de Gunnel Nyman pour arriver à contrôler l’inclusion de bulles d’air dans le verre. Au centre: Gunnel Nyman. À droite: vase « Pärlbandet », 1947, Nuutajärvi. La maîtrise des bulles d’air est totale.
À l’approche des hostilités en 1938, la Russie, préoccupée par la vulnérabilité de ses propres frontières, a demandé à la Finlande de soutenir ses défenses de Leningrad. Le refus finlandais a conduit à l’invasion de la Russie, suite à la guerre d’hiver.
La Finlande, neutre comme la Suède, n’a pas pris parti dans la guerre européenne et a permis le transit des troupes allemandes. En conséquence, le pays a été entraîné dans le conflit lorsque l’Allemagne a attaqué la Russie.
Elle fut forcée, à la fin de la guerre, à régler de coûteuses réparations de guerre à l’Union soviétique. La Finlande, avec grande diplomatie, a mené une politique activement amicale avec son voisin. Une fois les dettes réglées, la Russie s’est avérée être le marché unique le plus lucratif pour la Finlande.
Contre toute attente, pendant les années de guerre, les créateurs finlandais se sont mis au travail et ont utilisé tous les matériaux à leur disposition avec imagination et détermination. Plus surprenant encore, des expositions de design finlandais sont organisées à Copenhague, où les Danois ont particulièrement soutenu la Finlande, ainsi qu’à Stockholm en 1940 et 1941.
La Finlande a fait irruption sur la scène internationale du design au début des années 1950 avec un succès spectaculaire. Il est peut-être le résultat d’une détermination nationale, née pendant la survie des privations les plus sévères du temps de guerre, et d’une personnalité nationale naturellement tournée vers l’extérieur. L’exposition de design finlandais au Kunst Gewerbemuseum de Zurich en 1951 a eu la chance d’ensuite voyager à Milan. Au total, le design finlandais a remporté six grands prix ainsi que quatre diplômes d’honneur, sept médailles d’or et huit médailles d’argent. C’est après cela que le Victoria and Albert Museum a commencé à s’intéresser au design finlandais. En 1953, le musée londonien organise une exposition intitulée « Art moderne en Finlande ».
Les deux designers finlandais, Tapio Wirkkala et Timo Sarpaneva ont rejoint la verrerie Iittala vers 1950. Au cours des années 1950, les deux artistes ont créé à eux deux certains des dessins les plus élégants et les plus sophistiqués… Dès le début, ils ont été exposés comme des objets d’art, à part entières.
Kaj Franck, céramiste de formation, a conçu des céramiques artisanales multicolores, le designer et le fabricant n’étaient pas la même personne. Le soufflage du verre à la bouche est très exigeant. Dans ce contexte, un maître souffleur de verre réalise les objectifs d’un designer.
Cette évolution a été contrebalancée par l’ascension de Kaj Franck en tant que concepteur d’objets pratiques, fonctionnels et peu coûteux qui a évité le traitement de « star ». Sa réputation est aujourd’hui solidement ancrée dans une image de fonctionnalisme austère et discipliné.
À Nuutajärvi et Arabia, Kaj Franck réunit une équipe de designers. Les plus importantes d’entre elles étaient Kaarina Aho, Ulla Procopé et Saara Hopea (1925-1984). Les deux premières ont travaillé uniquement la fabrique de céramiques Arabia. Saara Hopea la plus polyvalente des trois, pratique autant la céramique, le verre, les émaux et l’argenterie.
À gauche: vase dit « panthère », 1954, Nuutajärvi. Au centre: Saara Hopea. À droite: vase « Kupla », 1958, Nuutajärvi.
Dans les années 1950, la verrerie Nuutajärvi se distingue radicalement d’Iittala par l’utilisation de verre coloré. Dans les objets d’art d’Iittala, une couleur était parfois introduite, mais généralement avec retenue.
L’attention du monde du design s’est déplacée vers l’Italie et le coût croissant de la production de céramique et de verre a forcé une concurrence plus agressive avec l’Allemagne, l’Amérique, puis le Japon et l’Europe de l’Est. La Finlande, si étroitement identifiée aux énormes succès des années 1950, a eu du mal à accepter ce revirement. La Finlande, à l’instar des autres pays scandinaves, mettait certains de leurs désigner sur un pied d’estale, telles des « stars ».
Comme dans d’autres pays scandinaves, la fin des années 1960 et les années 1970 ont été moins fructueuses pour la Finlande sur le plan international.
Bien que le rôle de l’artisanat ait progressivement diminué au cours du XXe siècle, il est devenu un riche domaine de travail impliquant le textile, la céramique et le verre.
Très vite, l’artisanat a commencé à aborder le domaine des arts, de leur organisation et des procédures d’exposition.
L’art du verre a été exposé dans des galeries. Depuis les années 80, l’image publique du travail des professionnels du design a retrouvé le niveau des années post Seconde Guerre Mondiale.

