Isaac et Hjertén Grünewald

Sigrid et Isaac en 1923 dans l’atelier d’Isaac

Sigrid Grünewald née Hjertén est souvent oubliée au profit du très célèbre Isaac Grünewald, artiste suédois, reconnu comme l’une des figure centrale du renouveau artistique du début du XXè siècle.  

Issue du milieu bourgeois de Sundsvall, Sigrid Hjertén perd sa mère très jeune. Formée comme professeure de dessin au Konstfack University College of Arts, Crafts and Design de Stockholm, elle devient en 1908 créatrice de cartons de tapisserie chez Giöbels, une entreprise d’arts décoratifs. Encouragée par le jeune peintre Isaac Grünewald qui étudie auprès de Matisse à Paris (1908-1911), elle entre à l’académie Matisse. À Paris, elle découvre, entre autres la liberté offerte à une jeune artiste étrangère. Elle partage avec Matisse un vif intérêt pour le textile et les formes cubistes que l’on peut retrouver. De retour en Suède en 1911, elle épouse I. Grünewald. Ce jeune artiste suédois s’affirme comme le chef de file du cercle d’artistes les Hommes de 1909, qui , dans une série d’expositions à Stockholm, introduisit en Suède la peinture moderne sous l’égide de Matisse. En 1912, une exposition avec le groupe De Atta (les huit) marque son entrée officielle dans le domaine de l’art. 

En 1913, elle s’installe avec son mari dans un atelier à Stockholm, où mère d’un jeune fils qu’elle doit surveiller, elle se cantonne à peindre des natures mortes, des figures ou des scènes d’extérieur vues de l’atelier. L’oeuvre de Sigrid Hjertén fait d’elle l’une des plus fines coloristes permis les fauves suédois. On perçoit par ailleurs une influence qu’elle a pu avoir auprès de son époux. 

En effet, dans l’oeuvre d’I. Grünewald d’Ulla Bjerne peint en 1916, les tons sont particulièrement vifs comme ceux issus de la peinture de son épouse. D’ailleurs, cette peinture représente le motif préféré des modernistes masculins du XXè siècle : The New Woman (La Nouvelle Femme). Isaac Grünewald fait parti des hommes engagés envers les femmes. Ella Bjerne se tient avec les cheveux courts, les mains dans les poches de son pantalon. Vêtue d’un giler, d’une veste et d’un pantalon, il est possible d’établir qu’il s’agit d’une femme, mais ce sont plutôt ces attributs masculins qui font apparaitre sa féminité. Ella Bjerne, de son vrai nom Gully Ohslon, est une jeune femme qui s’était rendu à Paris avant la première guerre mondiale ou elle voulait vivre une vie nouvelle et libre loin du Söderhamn bourgeois et conventionnel où elle a grandi.  

Sigrid Hjertén s’essaiera par la suite à une forme libre, entre allégorie et réalité. Malgré sa participation à de nombreuses expositions en Europe entre 1910 et 1920, le plus souvent avec des peintres expressionnistes, la critique ne comprend pas son travail de coloriste aux formes stylisées et se déchaine contre elle. 

Sigrid Hjertén (1885-1948), L’invité invisible, huile sur toile, 100 x 82 cm., peint en 1924. Cette oeuvre provient de la  galerie d’art suédo-francoise de Stockholm. L’avocat Alf Lindahl, Djursholm avait acquis ce tableau dans les années 1950, il fut exposé au Moderna Museet de Stockholm lors d’une exposition rétrospective de l’artiste en 1964.

Elle retourne travailler dans les années 1920 à Paris. Ses toiles se transforment et se chargent de plus en plus d’émotion, certaines d’entre elles traduisent les conflits qu’émergent en elle. En 1932, de retour en Suède, elle effectue plusieurs séjours en hôpital psychiatrique. Pendant cette période, sa production picturale augmente ; elle reprend ses motifs tirés de ses tableaux antérieurs. Durant les années 1930, elle expose à nouveau plusieurs fois, mais ce n’est qu’en 1936 qu’une exposition rétrospective lui est consacrée à l’Académie des beaux-arts de Stockholm. En 1937, son divorce est prononcé et un an plus tard, elle arrête toute activité artistique. Elle meurt d’une lobotomie après avoir passée onze ans en asile psychiatrique. Elle aujourd’hui considérée comme l’un des artistes suédoises les plus novatrices du début du XXe siècle. 


En savoir plus sur Design + Nordic Art

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture