Stig Lindberg

1916-1982

SUÈDE

Pionnier et simple, homme de la Renaissance et designer hors pair. Les façons de décrire Stig Lindberg sont innombrables. Mais avant tout, il fut l’un des designers qui ont apporté couleur et forme à la Suède du milieu du siècle. L’influence de Stig s’est rapidement fait sentir dans l’ensemble du monde du design : de la faïence fine et délicate aux téléviseurs, en passant par les lavabos, la vaisselle, la décoration intérieure, les textiles, les livres pour enfants, l’émail et l’art verrier. On se perd facilement dans l’immensité de la production artistique de Stig tout au long de sa vie.

Du nord de la Suède à Gustavsberg
Stig Lindberg est né en 1916 à Umeå, une ville du nord de la Suède. D’après ses propres dires, c’était un « enfant poli et bien élevé ». La musique pour piano fut la première passion de Stig, qui envisageait alors de faire carrière comme pianiste de concert.

À l’âge de 14 ans, Stig s’est coupé le pouce en fendant du bois. Pendant sa convalescence, il s’est découvert une passion pour le dessin qui ne l’a plus jamais quitté ; il a troqué les touches du piano contre son nouvel amour : le papier et le crayon.

En 1935, Stig a commencé à étudier le dessin à l’École supérieure des arts, de l’artisanat et du design de Stockholm. Deux ans plus tard, il s’est présenté à l’improviste à la manufacture de porcelaine de Gustavsberg, dans l’archipel de Stockholm, pour chercher un emploi d’été. Ce jeune homme maigre et à l’allure singulière respirait l’assurance : « Si vous m’engagez, je vous garantis qu’il y aura du travail à l’usine. »

On proposa à Stig un emploi d’été, et il allait poursuivre son travail à l’usine de Gustavsberg pendant 45 ans. L’usine de Gustavsberg était la plus réputée parmi les nombreux fabricants de céramique que comptait la Suède à l’époque. Lorsque Stig arriva à l’usine, une équipe d’artistes reconnus, tels que Wilhelm Kage et Berndt Friberg, était déjà en place.


Les premières années à Gustavsberg – d’apprenti à directeur artistique
Stig Lindberg n’était pas le seul jeune étudiant en art à travailler pour Gustavsberg. Le directeur artistique, Wilhelm Kage, disposait de toute une équipe d’assistants. Ces jeunes étudiants en art en herbe avaient des contrats de travail précaires et n’effectuaient souvent que des tâches élémentaires. Le rôle d’assistant et de garçon de courses ne devait toutefois pas durer longtemps pour Stig.

Stig s’est rapidement distingué à Gustavsberg grâce à ses magnifiques techniques de dessin et à la richesse de ses idées. KÃ¥ge fut impressionné par ce jeune talent et lui ouvrit la voie vers un rôle plus important au sein de l’usine, tout en offrant à Stig une plus grande liberté artistique. Dès le début, Stig produisit des idées à un rythme effréné, ce qui allait devenir une caractéristique distinctive tout au long de sa carrière. Ses contributions les plus remarquables des années 1940 furent la redynamisation des objets en faïence et la série Parian.

C’est ensemble que Stig et Wilhelm Kage ont développé une production variée et abondante de faïence à la fin des années 1930 et au début des années 1940. Les vases, les plats et les bols étaient moulés dans une faïence rougeâtre, puis recouverts d’un émail blanc laiteux et peints à la main avec des couleurs vives et des motifs élaborés. Les motifs floraux des années 1940 ont progressivement cédé la place à des motifs géométriques typiques de l’époque dans les années 1950 et 1960. Les objets étaient souvent marqués de la « main bleue », symbole de l’atelier de Stig Lindberg. La série de faïences a connu un immense succès et reste l’un des symboles les plus connus du design suédois du milieu du siècle.

Stig a créé la série « Parian », révolutionnaire et surréaliste, dans les années 1940. Cette série se composait de sept objets sculpturaux en porcelaine de Paros. Ces objets sont généralement considérés comme des interprétations modernistes des célèbres sculptures de Paros réalisées par Gustavberg au XIXe siècle. La série a été rééditée dans les années 1960 en édition limitée.

À la fin des années 1940, Wilhelm Kage cédait progressivement le rôle de directeur artistique à Lindberg. En 1949, Stig, alors âgé de 33 ans, fut choisi pour succéder à Kage. Ce choix peu conventionnel pour le poste de directeur artistique fut mal vu par les traditionalistes parmi le personnel de Gustavsberg.


Une renommée grandissante
Dans les années 1950, Stig Lindberg a mis à profit sa notoriété pour devenir le visage public de l’usine Gustavsberg. Véritable machine publicitaire à lui seul, il a su susciter l’intérêt du public pour cette usine souvent en difficulté. Stig était un génie des médias. La notoriété qu’il a acquise à son époque est comparable à celle des designers, blogueurs, chefs de projet et organisateurs d’événements célèbres d’aujourd’hui. Stig ne faisait pas de distinction entre la valeur artistique du design industriel et celle des œuvres d’art plus traditionnelles. Il a notamment déclaré : « Une punaise recèle pour moi autant de poésie qu’une fleur des champs. »

Le surréalisme pour les enfants
De la fin des années 1940 à la fin des années 1950, Stig Lindberg a créé des illustrations à la fois ludiques, absurdes et surréalistes pour des livres pour enfants suédois. Les dessins de Stig reflétaient une vision pleine d’esprit et de gaieté de la vie. Avec son air loufoque et ses pitreries, le petit coquin Krakel Spektakel était son personnage le plus célèbre. Les livres pour enfants illustrés par Stig ne représentent peut-être qu’un petit intermède dans son vaste catalogue d’œuvres, mais quel merveilleux intermède !

Moderne, moderne, moderne !
Les Å“uvres de Stig Lindberg des années 1950 se caractérisent par une perfection épurée. Des séries telles que Pungo (1953) et Reptile (1953) ont rencontré un vif succès en Scandinavie. Mais l’Å“uvre qui a reçu l’accueil le plus chaleureux, tant de la part des experts en design que du grand public, fut la série Domino, dévoilée lors de l’Exposition d’Helsingborg en 1955. Des formes coniques, carrées, cylindriques et rondes comme des balles, dans des contrastes graphiques de noir et blanc. Waouh, ça, c’est du moderne !

Bersa Forever
Au fil des ans, la gamme de vaisselle Bersa, extrêmement populaire, est devenue un symbole du design suédois, de la porcelaine Gustavsberg et de Stig Lindberg. Lancée en 1960, elle est restée en production jusqu’en 1974. Le motif a été conçu par Krister Karlmark, qui deviendra plus tard professeur à l’École supérieure des arts, de l’artisanat et du design, mais qui était à l’époque l’assistant de Stig Lindberg. Stig a commandé ce motif, l’a approuvé, l’a coloré et l’a intégré à la production de sa nouvelle gamme de vaisselle ultra-fonctionnelle. On pourrait dire que Bersa était une « union parfaite » entre le fleuri et l’austère, entre le superflu et l’essentiel, entre le public et l’artiste.

40 ans d’œuvres d’art uniques
La production unique de Stig Lindberg couvre plus de 40 ans de création artistique au sein de l’atelier de Gustavsberg. Les vases présentent souvent une forme traditionnelle et harmonieuse, ornée de marques incisées. Ces marques servent à retenir l’émail coulant, créant ainsi une texture de surface d’une complexité très agréable. Les sculptures individuelles sont quant à elles plus surréalistes et fantaisistes dans leur expression. Elles sont généralement très recherchées par les collectionneurs. Stig a utilisé différentes marques d’année pour sa production unique.

Vie familiale
Stig Lindberg a rencontré sa future épouse alors qu’il était encore jeune. « Quand je l’ai vue pour la première fois, j’étais tellement ébloui que j’ai percuté un bouleau. Je n’ai jamais regretté cet accident de la route », a déclaré Stig plus tard. Gunnel était restée paralysée très tôt après avoir contracté la polio pendant son enfance. Ils ont eu trois enfants ensemble.

Les dernières années
Stig Lindberg a créé plusieurs nouvelles gammes de vaisselle dans les années 1970, mais son travail n’a pas été aussi bien accueilli que ses créations précédentes. Le caractère surréaliste, ludique et profondément personnel de son design s’était estompé. Peut-être avait-il perdu sa capacité à percevoir et à remettre en question les rêves et les désirs de son époque ? Cela n’a rien de surprenant après quarante ans de travail quasi ininterrompu, durant lesquels les journées ne semblaient jamais assez longues. Les dernières années de Stig ont été marquées par son absence de Gustavsberg. Il a travaillé de manière sporadique, réalisé une série d’estampes très prisées et lancé quelques séries de céramiques. Stig a par ailleurs mené une vie tranquille en Italie, où il est décédé à l’âge de 65 ans. On raconte que les drapeaux ont été mis en berne à Gustavsberg.